*** JE ME DÉCOLONISE MOI-MÊME! *** 2020

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  1. Tutoriel Altéro(s)philie de Fritta Caro 2020
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  2. Lecture du tutoriel

À propos de Fritta Caro, ses jeux de force, son Altero(s)philie:
Multiculturalismo canadiense y arte colombiano en Montreal: desarmando estereotipos nacionales con de Alexandre Beaudoin Duquette. 2019.

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Crédit photos: Paul Litherland

Exposition
Un, dos, tres por mí y mis compañeras

du 18 janvier 2020 au 21 mars 2020
Optica Centre d’art contemporain, Montréal
Commissaire: Nuria Carton de Grammont
Artistes: Claudia Bernal, Christine Brault, Constanza Camelo, Livia Daza-Paris, Maria Ezcurra, Helena Martin Franco, Giorgia Volpe

ENTRETIEN AUDIO SUR FOND DE VISITE COMMENTEE ENTRE NURIA CARTON DE GRAMMONT ET ESTHER BOURDAGES. Optica. 7 avril 2020

Texte de la commissaire

« Cette exposition porte un regard collectif sur les artistes pionnières de la performance latino-québécoise actives à Montréal depuis les années quatre-vingt-dix jusqu’à nos jours. Les artistes qui composent cette exposition ont développé une pratique transfrontalière en cherchant des espaces de reconnaissance et d’appartenance sociale entre le Canada et l’Amérique Latine. Plus particulièrement, en amplifiant les rapports et les affinités existantes entre les latinités diverses du continent au tournant du siècle.

Leurs actions sont marquées par une singularité qui tourne autour des poétiques du déplacement propre à l’expérience migratoire : elles rendent visibles les tensions entre la violence politique et l’identité de genre, le colonialisme et la discrimination, les attentes et les exigences d’une intégration effective dans la société d’accueil. La performance représente ici un champ d’action symbolique pour interpeler les stéréotypes et les folklorisassions identitaires. Le corps présent ou absent est le point de départ d’une revendication féministe intersectionnelle qui conteste l’hégémonie culturelle ethnocentrée. Dans son ensemble, ces gestes éclatés dans des géographies diverses reconstituent la mémoire tant individuelle que collective de l’histoire diasporique nord-sud.

Pour Constanza Camelo, l’action performative garde une affinité intrinsèque avec la notion d’exil qu’elle entend par « déplacements circonstanciels » et qui s’inspire de L’homme dépaysé de Tzvetan Todorov. Au-delà du déchirement, le corps déplacé peut offrir l’opportunité de la découverte de soi tout en proposant l’expérience de la rencontre avec autrui que Camelo met en action dans ses interventions publiques.

Au croisement du théâtre, de la littérature, de la vidéo, de l’installation et de la performance Claudia Bernal incarne la place du féminin historiquement colonisée et racisée. La performance devient le lieu de réception pour diverses formes de résistances traversées par des rapports de pouvoir et des conflits armés, notamment en Colombie. Dans le tournant iconographique postcolonial, son œuvre propose la désarticulation des récits prédominants à travers l’émancipation du corps de la femme.

Depuis plusieurs années, Christine Brault entame une pratique performative transfrontalière qui se concrétise dans la reconnaissance et l’évocation de certains événements historiques, liés à la violation des droits humains, l’assujettissement des autochtones, la violence de genre et les féminicides. À travers des témoignages et des expériences vécues, son œuvre s’inscrit dans une réflexion plus large portant sur l’importance de la mémoire comme un fait social qui doit s’activer dans la circulation et le partage.

Issue du milieu de la dance contemporaine, Livia Daza-Paris a entrepris un vaste projet de recherche qui aborde l’absence d’un deuil, d’un rituel, à la disparition de son père Iván Daza, un dirigeant étudiant appartenant aux brigades communistes, qui a été capturé par les forces armées dans le contexte de l’après dictature au Venezuela, à la fin des années soixante. « Poetics Forensics » est une méthode de collecte et d’examen du vécu, composée d’archives personnelles et institutionnelles et de témoignages qui présentent une vérité non-officielle de l’histoire, partagée par d’autres sources, de la diaspora latino-américaine.

Les recherches de Giorgia Volpe se nourrissent également de souvenirs, d’histoires et d’expériences qui prennent l’ampleur de rituels collectifs et d’actions participatives. Les résidus, les surplus, les déchets sont les matériaux d’une esthétique qui s’élabore adu contact et fait de l’exploration du sensible une revendication interculturelle de la société contemporaine. La mémoire est ici la conséquence organique du corps collectif.

Le travail de Maria Ezcurra aborde les tensions d’une violence déguisée par les stéréotypes sociaux du corps. Le vêtement, doublure de la peau et insigne identitaire, traite de la violence de genre imposée par des stigmates, des préjugés et des discriminations. Le collant en nylon symbole de la femme moderne libérée, matière souple et translucide, sert à réfléchir aux contradictions de l’érotisme, à la production de masse et aux féminicides de Ciudad Juarez.

Femme-caméléon, femme-araignée et femme-éléphant, Helena Martin Franco fracasse les moules conformistes de l’identité et du genre. À travers ses fictions autoréférentielles, elle donne différents visages à la vulnérabilité individuelle et collective, imposée par l’expérience migratoire. Dans ses autofictions, se rencontrent non sans humour les usages de la culture populaire, les nouvelles technologies, les pratiques religieuses et l’hyperconsommation capitaliste.

Au-delà des origines et des nationalismes, l’art latino-canadien se veut avant tout une nouvelle subjectivité interculturelle complexe et hétérogène qui remet en question les discours politiquement corrects sur ladite « diversité ». Toutefois, peu de recherches ont été menées sur la compréhension de ces pratiques de manière collective à l’instar d’un mouvement hémisphérique en soi avec ses propres enjeux esthétiques, sémantiques et conceptuels. Dans ce contexte, cette exposition se veut un exercice historiographique pour reconnaître la contribution de ces pratiques dans le développement de l’art contemporain québécois, canadien et global. »
Nuria Carton de Grammont est historienne de l’art, commissaire et chargé de cours à l’Université Concordia, spécialisé en art contemporain latino-américain et latino-canadien. Elle s’intéresse notamment à la production territoriale des identités culturelles à travers des pratiques artistiques transfrontalières entre l’Amérique latine et l’Amérique du nord.